L'histoire d'Emilia
28/09/2013 10:08Je suis née fin décembre. Mes parents étaient des gens très riches et influents. Ils m'ont appelé Emilia. Je n'avais ni frères ni sœurs, et je n'en ai jamais eu.
Je n'ai jamais fréquenté l'école maternelle. Ce n'est pas obligatoire. Ce n'était pas moi qui n'en avais pas envie : mes parents en avaient décidé ainsi. Un jour, quelqu'un leur a dit qu'on apprenait à lire dès l'école maternelle. Ils ne voulaient pas que j'ai du retard sur les autres enfants, donc ils m'ont eux-mêmes appris à lire. Comme j'avais des facilités, j'ai presque appris toute seule, et en plus j'adorais ça.
J'aurais dû commencer l'école l'année où j'avais cinq ans, et être parmi les plus petites vu que j'étais née en fin d'année. Mais mes parents ont encore fait des leurs et insisté pour que je sois en classe avec ceux qui étaient nés l'année suivante. Comme d'habitude quand mes parents veulent quelque chose, ça a été accepté. Je suis donc entrée au cours préparatoire à l'âge de six ans, sachant déjà parfaitement lire mais n'ayant jamais mis les pieds dans une école. Je n'ai jamais compris pourquoi mes parents voulaient toujours que je côtoie des enfants plus jeunes que moi, sans doute pour que je sois toujours la meilleure. Heureusement je n'ai jamais été très grande en taille, mais moi j'aurais préféré être avec des gens plus âgés, j'ai toujours aimé ça.
A l'école primaire toutes les autres petites filles m'enviaient, mais sincèrement il n'y avait pas de quoi. Mes parents décidaient tout pour moi, je n'avais jamais le choix. Ils voulaient que je sois la plus intelligente, la plus jolie, la plus gâtée, et surtout que tout le monde sache à quel point notre famille était riche.
J'avais déjà des cheveux très longs à l'époque. Mes parents ne me les avaient jamais coupés, même pas les pointes, et en plus, ils poussent vraiment vite mes cheveux. Surtout que comme je l'ai déjà dit, je suis plutôt petite. Toutes mes camarades trouvaient que j'avais vraiment de la chance et admiraient mes longs cheveux noirs. Je me rappelle, je devais toujours porter deux couettes et c'était tout, je n'avais rien le droit de leur faire d'autre. Moi ce que je voulais, c'était les couper juste en dessous des épaules, ce qui n'est quand même pas court, et avoir une frange. J'avais une copine qui était coiffée comme ça et c'était vraiment joli.
J'étais déjà habillée à la dernière mode, et dès que j'ai eu sept ans, j'ai été obligée de porter du vernis à ongles de couleur tout le temps. J'avais tous les jouets possibles, tous ceux dont la pub passait à la télé. Je devais les amener à l'école pour que tous le monde soit au courant, c'est comme ça que toutes les filles de ma classe sont devenues mes amies. En plus leurs parents les encourageaient parce qu'ils voulaient se faire bien voir des miens.
Je faisais de l'équitation. Ca aussi, c'était obligatoire, pas moyen d'y échapper. Pourquoi ? Toutes les petites filles rêvent de faire de l'équitation, toutes adorent ça... Et bien, pas moi. Je détestais ça, j'ai toujours eu peur des chevaux. Moi ce que je voulais faire, c'était de la danse. Mais ça, non. Je devais participer à tous les concours, et je les perdais tous, j'avais horreur de ça mais comme pour le reste, je n'avais pas le choix.
J'étais la meilleure en classe. Mes parents me faisaient énormément travailler à la maison. Mes "super" jouets, j'avais à peine le temps de les utiliser, vu que je devais faire tous mes devoirs, puis me brosser les cheveux, ce qui était long.
A la fin de l'année de CP, mon institutrice a proposé que je passe directement en CE2. Mes parents ont refusé.
Je ne décidais de rien. Ce n'était pas ma vie. Moi, en vrai, j'étais très timide. Tout le monde m'adorait, mais je ne considérais personne comme un vrai ami et je me sentais très seule. Je devais inviter souvent les autres enfants pour qu'ils voient ma grande maison et tous mes jouets, mais je n'avais pas le droit d'aller chez eux. Pour mes dix ans, donc quand j'étais en cours moyen 1, j'ai eu un ordinateur et un téléphone portables.
Quand je suis entrée au collège, les choses ont commencé à s'arranger un tout petit peu avec mes parents, alors qu'elles se dégradaient à l'école. J'ai enfin eu le droit d'avoir une frange, après l'avoir demandé pendant cinq ans, mais pas de les couper, ça ils n'ont jamais voulu. Mais je pouvais les coiffer comme je voulais, ce qui était bien parce qu'à ce moment là, ils avaient commencé à toucher le sol.
Les petites filles qui m'adoraient en primaire sont devenues des imbéciles d'adolescente. Elles se moquaient de moi, notamment parce que j'étais toujours la meilleure de la classe. Et aussi à cause de mes yeux gris très pâle, elles disaient qu'ils étaient comme ceux de Gollum dans le film du Seigneur des Anneaux. Tout le monde était toujours jaloux de moi, plus à cause des jouets, mais des vêtements à la dernière mode, des bijoux de marque, du portable, du MP3 où étaient enregistrées tout un tas de chansons à la mode. Je n'avais le droit d'écouter que ça, des chansons à la mode. Les filles m'enviaient aussi parce que j'avais le droit de me maquiller. Moi j'aurais donné n'importe quoi pour avoir le doit de ne pas me maquiller. En sixième, c'est ridicule. Je n'avais que onze ans, j'étais encore une petite fille. Je n'avais absolument aucun ami. Je rêvais de me lier d'amitié avec les élèves des classes au-dessus, avec qui je me pressentais plus d'affinités, mais j'étais toujours d'une timidité maladive et je n'osais pas leur parler.
Quand je suis entrée en cinquième, mes parents ont fini par accepter que je commence la danse, mais pas que j'arrête l'équitation. J'étais vraiment heureuse, je pleurais presque de joie, c'était mon rêve d'enfance, je le voulais depuis l'âge de six ans. Il y avait deux associations de danse dans mon village, dont une de jazz. Mes parents m'ont demandé si je voulais faire ça où de la danse classique dans la ville à côté. J'ai répondu non, moi je voulais faire de la danse contemporaine, c'était ça l'autre association du village. Mes parents n'avaient pas trop envie mais ils ont cédé.
Il y avait deux cours le mercredi après-midi : le premier de 1h30 à 3h30, celui où j'allais, et l'autre de 3h30 à 5h30, celui des filles plus grandes.
Au collège, les professeurs nous faisaient remplir des fiches de renseignement en début d'années, et certains d'entre eux me demandaient pourquoi je n'avais signalé aucun redoublement alors que ma date de naissance ne correspondait pas à l'âge normal. Les élèves aussi l'avaient remarqué et trouvé là une nouvelle idée pour se moquer de moi. Des collégiens qui n'avaient pas trop d'amis ont commencé à venir vers moi, ils n'avaient pas osé plus tôt parce que la manière dont j'étais habillée me faisait paraître "comme les autres".
A la danse, je m'amusais beaucoup, j'étais vraiment heureuse, mais par contre je n'avais toujours pas d'amies. En fait, je ne parlais pas du tout avec les autres, j'étais trop timide et en plus elles se connaissaient depuis plus longtemps. Elles faisaient déjà presque toutes de la danse avant, du coup pendant les cours la prof utilisait parfois des mots que je ne connaissais pas et comme je n'osais pas poser de questions, j'ai appris en regardant ce que faisaient les autres.
Une fois, un prof un peu lent à comprendre s'est étonné qu'une élève si douée aie un an de retard, et je me suis rendue compte qu'il était définitivement trop tard pour rejoindre les élèves de mon âge : à partir du collège, on ne peut plus sauter de classe, même si on a des notes excellentes, parce qu'on apprend trop de choses nouvelles chaque année.
A la fin de l'année, mes parents sont venus à mon premier spectacle. Ils ont trouvé ça nul. Ils auraient préféré que je fasse de la danse classique ou jazz. Ils voulaient que j'arrête, mais ils ont changé d'avis, parce que ma prof de danse leur a dit que j'étais vraiment douée, même si j'étais un peu trop timide et que j'avais tendance à danser trop vite. Mes parents ont été flattés et ont dit d'accord pour que je continue. J'étais contente parce que la danse, pour moi, c'était aussi une occasion d'entendre de la musique différente des chansons modernes que mes parents m'obligeaient à écouter.
Pendant l'été suivant, j'ai encore demandé à mes parents de me couper les cheveux, et ils ont encore dit non. Ce n'était pas trop grave : j'avais ma frange, même si ce n'était plus à la mode, j'étais bien assez à la mode comme ça ; et j'avais pris l'habitude de me faire une tresse compliquée, repliée sur elle-même, pour que mes cheveux ne traînent pas par terre. C'était un peu lourd et pas très pratique, mais j'étais habituée.
Au début de mon année de quatrième, je n'ai pas eu de chance pour la danse : toutes les filles du premier cours avaient deux ans de moins que moi, et celles du deuxième cours avaient deux ans de plus. Mes parents ont voulu, évidemment, que je reste avec les petites. Ma prof de danse n'a rien dit, puisque de toute façon, quelques unes qui étaient dans mon groupe l'année d'avant étaient revenues, et elles étaient plus jeunes que moi.
Au premier cours, je me suis aperçue qu'une bonne partie des danseuses de mon groupe étaient des débutantes, et j'ai dû apprendre à nouveau tout ce que j'avais compris en observant l'année précédente.
Au collège, ceux qui avaient commencé à venir vers moi en voyant que j'étais seule, ont changé d'avis, d'un coup, je ne sais pas trop pourquoi, et ils ont décidé que j'étais trop snob pour eux.
Cette année-là, mes parents n'étaient pas à la maison le mercredi après-midi, et quand je rentrais j'étais seule jusqu'au soir. Un mercredi, à la fin du cours de danse, la prof m'a dit : "Emilia, la semaine prochaine, on va apprendre quelque chose que tu connais déjà très bien. Viens à trois heures et demie."
J'ai hoché la tête et je suis partie, et je n'ai rien dit à mes parents. La semaine d'après, je suis venue un peu avant trois heures et demie et j'ai attendue avec les grandes dans les vestiaires. J'étais un peu intimidée, après tout j'avais treize ans et elle quinze ou seize ; et elles étaient un peu étonnées, mais elles avaient été prévenues. Elles parlaient entre elles et elles rigolaient, ça se voyait qu'elles se connaissaient bien ; et puis elles ont commencé à discuter avec moi, à me poser des questions et à me parler d'elles. Elles étaient vraiment gentilles. Il y en avaient une qui faisait de la danse depuis qu'elle était au CP, et maintenant elle était en seconde : c'était sa dixième année ! J'avoue que j'étais un peu jalouse, parce que j'aurais pu être comme elle si mes parents avaient été d'accord.
Leur cours était beaucoup plus intéressant que le mien, et pas tellement trop difficile pour moi. A la fin, pendant qu'elles se rhabillaient, elles m'ont demandé de détacher mes cheveux. L'une d'elles m'a aidée à défaire ma tresse, et quand elles ont vu la longueur qui balayait le sol, elles ont dit que j'avais "trop de la chance !" et que je ressemblais à une princesse. C'est bizarre, mais quand quelqu'un me disait ça d'habitude, ça m'agaçait ; mais là, j'étais plutôt fière et j'ai pris conscience que, c'est vrai, j'avais de la chance d'avoir de beaux cheveux. Ensuite, elles voulaient toutes m'aider à les rattacher.
C'est comme ça que j'ai commencé à danser à moitié dans un groupe, à moitié dans un autre. Mes parents ne l'ont jamais su.
En février, comme on a commencé à préparer le spectacle de fin d'année, j'ai dû recommencer à venir toutes les semaines à une heure et demie. Mais après tout, j'avais eu ce que je voulais : les grandes étaient presque mes amies à présent. Je ne pouvais plus danser avec elles, mais à trois heures et demie, au moment du changement de cours, elles me saluaient alors qu'elles ignoraient les autres, elles rigolaient avec moi, elles m'appelaient Lili ou Mili, j'étais leur chouchoute. Et même, à la fin du spectacle, après le salut, quand on pouvait danser comme on voulait, l'une d'elles m'a serré dans ses bras.
A la fin de l'année, les collégiens aiment bien se déguiser. Ceux de ma classe ont décidé un jour de s'habiller, le lendemain, "comme des vieux". J'aurais adoré le faire, pour être comme les autres, m'intégrer, pour une fois. Mais je ne pouvais pas pour une raison simple : je n'avais que des habits récents choisis par mes parents. J'avais quatorze ans et je n'étais jamais entrée dans une boutique de vêtements. Quand je suis venue en classe habillée comme tous les jours, ils m'ont tous jetés des regards énervés. La fille la plus populaire de ma classe, qui ne m'avait jamais parlé, est venue me dire que "je n'étais pas cool et je me prenais trop au sérieux". Je me suis sentie nulle. J'ai pleuré ce soir-là.
A la rentrée en troisième, victoire ! Comme j'avais besoin de temps pour travailler pour le brevet, mes parents m'ont fait arrêter l'équitation pour un an. Par contre, mon cours de danse a été déplacé au samedi matin parce que la salle était prise le mercredi à une heure trente : je ne pouvais plus changer de groupe chaque semaine. J'étais triste, surtout au début : les grandes danseuses étaient les seules amies que j'avais jamais eu. C'étaient les premières à qui j'avais raconté mon histoire, et elles n'avaient plus jamais dit que j'avais de la chance. Elles avaient tout de suite compris que ce dont tout le monde était sûr (que mes parents faisaient tout ce que je voulais et ne savaient pas me dire non) n'était pas vrai.
Mes parents se sont occupés, sans me demander mon avis, de me trouver un stage de troisième. Ca a été un jeu d'enfant : personne n'aurait refusé. J'ai donc passé une semaine en stage à la médiathèque. C'est un bon souvenir, meilleur que celui de mes journées de cours qui finissaient par toutes se ressembler.
J'ai passé le brevet, et l'ai eu avec la mention "très bien", ce à quoi je m'attendais : depuis mon premier jour d'école, tous les soirs, mes parents me faisaient faire mes devoirs et du travail supplémentaire, pour que je sois toujours meilleure que tous les autres. J'étais prête à commencer une seconde générale, avant de m'engager dans le bac scientifique que m'imposaient mes parents.
Ils m'ont tout de suite réinscrite à l'équitation pour l'année suivante. La monitrice, mielleuse, leur a dit que "tout le monde serait ravi de voir revenir leur cavalière préférée". Ce n'était pas vrai. Pendant huit ans, j'ai toujours été le boulet que les autres se traînaient. Mais je n'ai rien dit, parce que je suis bien élevée.
Un après-midi du mois de juillet, ma mère est arrivé en courant et en hurlant quelque chose comme : "On a été balancés ! Ils arrivent !" Et mon père a répondu quelque chose à propos de fuite, de voiture à deux places et de la petite qu'ils ne pouvaient pas emmener. Mes parents possédaient deux voitures, aussi chères l'une que l'autre, mais celle à deux places avaient l'avantage de pouvoir aller beaucoup plus vite que l'autre. Mes parents ne pouvaient pas m'emmener ("la petite" me désignait même si j'avais déjà quinze ans). Ils ne pouvaient pas, ou ne voulaient pas. Ils m'ont enfermée dans ma chambre, je n'ai pas vraiment compris pourquoi, de toute façon je ne comprenais rien du tout à ce qui se passait. Je suis restée toute seule dans ma chambre. Au bout d'un moment, j'ai entendu la police fouiller la maison. Quand ils ont vu que ma porte était fermée, ils m'ont crié de sortir, mais moi je n'avais pas la clé. Ils ont enfoncé la porte et ils m'ont vue, j'étais assise sur mon lit, en larmes, et je serrais contre moi ma poupée Lula.
J'avais dû garder tous mes jouets d'enfants, comme ça, quand des gens venaient voir mes parents et emmenaient leur fillette, l'enfant était contente et ils revenaient. Mais Lula, je ne l'ai jamais prêtée à personne. Cette poupée est le seul jouet auquel j'ai tenu. C'est aussi le seul que j'ai choisi. Mes parents allaient sans moi dans les magasins de jouets. Mais un jour, en passant par le marché, j'ai vu cette poupée et j'ai dit qu'elle était jolie. Mes parents n'étaient pas de cet avis, mais ils voulaient montrer à tout le monde qu'ils m'achetaient tout ce que je voulais.
La police m'a emmenée, je n'ai même pas réagi. J'avais gardé Lula et je pleurais toujours. Plus tard, ils m'ont expliqué que mes parents avaient volé d'énormes sommes d'argent (c'était ça, leurs mystérieuse "affaires" dont ils n'aimaient pas me parler), qu'ils avaient été dénoncés et qu'ils étaient en fuite. Je suis restée là-bas quelques heures, jusqu'à ce qu'ils me parlent à nouveau, avec prudence et compassion, et que j'apprenne que mes parents s'étaient tués dans un accident d'autoroute parce qu'ils roulaient trop vite.
Je leur ai tout de suite demandé de me désinscrire du club d'équitation, mais je n'ai pas pleuré. Le psychologue a dit que c'était à cause du choc, mais ce n'est pas vrai, c'est juste que je n'avais aucune raison. Mes parents étaient des étrangers pour moi. Ils m'avaient acheté tout ce qui pouvait rendre jaloux qui que ce soit avec leur argent volé, mais ne m'avaient jamais, par exemple, emmenée le dimanche manger une glace en ville.
Le psychologue a dit aussi qu'il fallait me faire adopter ici pour que je puisse continuer d'aller en classe avec mes amis, et qu'ils m'aident à me consoler. J'aurais voulu leur dire, ça m'est égal avec qui je vais en classe, de toute façon ils ne m'aimeront pas. Mais je n'ai rien dit. Parce que je suis bien élevée. Et surtout parce que je voulais quand même rester.
Pour danser.
QUELQUES TEMPS APRES
C'est incroyable, je ne me souvenais pas de tous ces détails ! Aujourd'hui j'ai vingt-cinq ans, Linda vient de me ramener toutes les affaires que j'avais laissées chez elle, dont ce texte que j'avais écrit juste avant mon adoption.
Linda est ma mère adoptive. Elle ne m'achetait pas toutes les nouveautés qui venaient de sortir, mais elle m'emmenait en ville le dimanche pour manger une glace et me laissait toute la liberté que je voulais. C'est à l'âge de quinze ans que j'ai pu, pour la première fois de ma vie, acheter un vêtement que j'avais choisi, parce qu'il me plaisait. J'ai continué d'être brillante même si plus personne ne se mêlait de me faire faire mes devoirs. Je me suis finalement orienté vers un bac littéraire, et je l'ai eu avec mention "bien".
L'année dernière, j'ai appris que dans leur accident, mes parents avaient percuté la voiture d'une famille et laissés orphelins deux jeunes garçons, dont un avec des blessures irréversibles. Je leur ai envoyé tout l'argent que je pouvais me permettre et une lettre d'excuses.
Je n'ai plus jamais approché un cheval, mais j'ai continué la danse aussi longtemps que j'ai pu, dans le cours de trois heures et demie. Je suis toujours en contact avec mes premières amies, les danseuses, même si j'en ai d'autres à présent.
Et je n'ai jamais coupé mes cheveux.
EMILIA
L'histoire de l'histoire : cette histoire n'est pas une histoire comme les autres. Je ne parle pas du contenu, mais de la manière dont j'ai écrit l'histoire et dont elle m'est venue. Cette nuit-là, j'avais fait un rêve très bizarre. Comme souvent quand j'ai fait un rêve que je n'arrive pas bien à comprendre, à démêler, à me rappeler, tout s'est mélangé dans ma tête entre mon rêve, des éléments de ma vie, de la vie d'autres personnes et des éléments inventés, et l'histoire s'est formée comme ça dans ma tête, sans que je contrôle rien. Ensuite je l'ai écrite sur un cahier, d'une seule traite, comme elle était apparue dans ma tête. Enfin, je l'ai recopiée sur mon ordinateur, sans rien changer ou presque. Voilà pourquoi cette histoire est spéciale : pas à cause de ce qu'elle raconte, mais parce qu'elle m'est venue telle quelle à l'esprit.
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